Partir à la retraite après une carrière de frontalier, c'est prendre trois décisions en cascade : quand liquider ses rentes des deux pays, toucher son 2e pilier en capital ou en rente (un choix fiscal à cinq ou six chiffres), et choisir (quand c'est encore possible) son assurance maladie de retraité. Trois décisions largement irréversibles, et très mal documentées. Voici le mode d'emploi complet, sources officielles à l'appui.
🧮 CDHR : êtes-vous concerné ? Testez en 20 secondes
Trois réponses pour situer votre retrait de 2e pilier par rapport aux seuils officiels.
Estimation indicative (RFR approché : revenus habituels + 90 % du capital, seuils officiels 2026), ni conseil fiscal ni calcul d'impôt. Vérification exacte : simulateur officiel sur impots.gouv.fr.
Une carrière, deux pays, plusieurs pensions
Première bonne nouvelle : vous ne perdez rien. Grâce à la coordination européenne (que la Suisse applique via l'accord de libre circulation), chaque pays où vous avez cotisé au moins un an vous versera sa part de retraite, calculée selon ses propres règles. Et la démarche est unifiée : une seule demande, déposée auprès de votre caisse française (CARSAT), déclenche l'échange entre institutions : vos périodes suisses et françaises circulent entre caisses, et chaque pays rend sa décision. La rente suisse AVS est ensuite versée en France par la Caisse suisse de compensation, sur votre compte bancaire français si vous le souhaitez.
- ✓Vos années suisses comptent pour valider la durée de carrière française (le taux plein), mais chaque pays ne paie que ses propres périodes
- ✓Déposez la demande 6 à 12 mois avant la date visée : les échanges entre caisses prennent du temps
- ✓Les âges diffèrent : la retraite française suit ses règles, l'AVS suisse les siennes ; vous pouvez liquider l'une avant l'autre
L'AVS (1er pilier) : 65 ans, l'anticipation et le report
L'âge de référence AVS est de 65 ans pour les hommes ; pour les femmes, il rejoint progressivement 65 ans d'ici 2028 (64 ans et 6 mois en 2026, avec des compensations pour les générations de transition 1961-1969). Vous pouvez anticiper la rente d'un ou deux ans (moyennant une réduction de 6,8 % par année d'anticipation, à vie), ou l'ajourner d'un à cinq ans, ce qui l'augmente durablement (de 5,2 % pour un an jusqu'à 31,5 % pour cinq ans). Le montant dépend de vos années de cotisation suisses et de votre revenu moyen : le relevé de compte individuel AVS, à demander à votre caisse de compensation, est le document à vérifier bien avant le départ.
Le 2e pilier : la décision à six chiffres : capital ou rente
C'est LE choix stratégique de la retraite frontalière. La rente offre un revenu garanti à vie, imposé en France comme une pension classique (barème progressif, après abattement de 10 %). Le capital, lui, peut bénéficier d'un régime fiscal spécifique : le prélèvement forfaitaire libératoire de 7,5 % (article 163 bis du CGI), calculé après un abattement de 10 %, soit 6,75 % effectifs. Deux conditions cumulatives : le versement doit être unique (pas de retraits fractionnés) et les cotisations doivent avoir été déductibles pendant la constitution. L'option se coche sur la déclaration de revenus de l'année du versement (case 1AT ou 1BT) et elle est irrévocable. Attention enfin au préavis : beaucoup de caisses de pension exigent que le choix du capital soit annoncé plusieurs mois (parfois années) avant le départ. Renseignez-vous tôt auprès de votre caisse LPP.
Le piège récent : la CDHR sur les gros capitaux
Depuis 2025, la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) impose un plancher de 20 % lorsque le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple), et le capital du 2e pilier entre dans ce revenu l'année du versement. Les gros capitaux peuvent donc voir l'avantage du 7,5 % rogné. Seuils, calendrier des acomptes et qui est réellement concerné : notre décryptage complet de la CDHR. Des prélèvements sociaux peuvent par ailleurs s'ajouter selon votre régime d'assurance maladie, un point à valider avec un conseiller pour votre situation.
Votre assurance maladie de retraité : le droit d'option renaît (parfois)
Le passage à la retraite est un « changement de situation » qui rouvre le droit d'option entre LAMal et Sécurité sociale française, avec 3 mois pour choisir. Mais il y a une règle décisive que presque personne n'explique : elle ne vaut que si vous percevez exclusivement une pension suisse. Dès que la France vous verse la moindre pension, même quelques trimestres validés en début de carrière, votre pays de résidence devient automatiquement compétent : affiliation au régime français, sans choix possible. Les carrières 100 % suisses choisissent ; les carrières mixtes (l'immense majorité) basculent au régime français. Dans les deux cas, notre comparateur LAMal / CMU et le guide du remboursement des soins vous aident à anticiper ce que ça change au quotidien.
Le rétroplanning du départ
- ✓12 à 24 mois avant : relevé AVS + certificat LPP à jour, décision capital/rente amorcée (vérifiez le délai de préavis de votre caisse de pension !), estimation des deux retraites
- ✓6 à 12 mois avant : demande de retraite déposée à la CARSAT (elle coordonne avec la Suisse) ; demande AVS si vous liquidez la Suisse d'abord
- ✓Au départ : notification du choix capital/rente à la caisse LPP ; si capital, anticipez l'impôt (7,5 %) et, pour les gros montants, l'acompte CDHR de décembre
- ✓Dans les 3 mois suivant la retraite : droit d'option maladie si vous êtes mono-pensionné suisse ; sinon, inscription au régime français
- ✓L'année suivante : case 1AT/1BT sur la déclaration de revenus pour l'option 7,5 % du capital
Sources officielles
À retenir
Une seule demande (CARSAT) déclenche vos retraites des deux pays : chacun paie sa part. AVS : 65 ans (femmes : transition jusqu'en 2028), anticipation −6,8 %/an, report jusqu'à +31,5 %. 2e pilier : rente au barème OU capital unique à 7,5 % (6,75 % effectif, option irrévocable case 1AT). Gare au préavis de la caisse et à la CDHR sur les gros montants. Maladie : le droit d'option ne renaît que pour les pensions 100 % suisses ; une pension française, même minime, impose le régime français.
🛠️ Comparer LAMal et CMU
La retraite rouvre parfois le droit d'option maladie, avec 3 mois pour choisir. Comparez les deux régimes selon votre situation.
Comparer LAMal et CMU →Sources officielles
- Centre d'information AVS/AI : mémentos officiels rentes de vieillesse (âge, anticipation, ajournement) ↗
- CLEISS : FAQ droit d'option des frontaliers France-Suisse (cas du pensionné) ↗
- BOFiP : prestations de retraite en capital : prélèvement libératoire de 7,5 % (art. 163 bis CGI) ↗
- Frontaliers Grand Est (GIP) : la retraite des frontaliers en Suisse (AVS, piliers, démarches) ↗
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